• Danièle Lelégard

Comment se construire un patrimoine ?

Updated: Sep 13


13 juillet 1965 ! Que s’est-il passé ce jour-là ? Bien peu d’entre nous le savent et pourtant… En pleine période estivale, les députés décident que les femmes mariées ont enfin le droit d’ouvrir un compte en banque et de travailler sans l’autorisation de leurs maris. Jusque-là, la femme mariée n’en avait pas le droit : dans le cadre du mariage, seul le mari en avait la possibilité. Ce n’était que le début d’une lente révolution (1). Encore aujourd’hui, la prédominance de l’homme l’amènera à voir son patrimoine financier évoluer bien plus vite que celui de sa femme.


Le patrimoine de la femme mariée
L'accès de la femme à son indépendance financière

https://www.leparisien.fr/archives/13-juillet-1965-jour-beni-pour-les-femmes-13-07-2015-4939587.php


Mais au-delà de ces considérations de genre, il faut bien avouer qu’à aucun moment donné de sa scolarité, que l’on soit garçon ou fille, l’un d’entre nous n’a reçu, en France, d’éducation financière pendant ses études et a fortiori avant de gagner sa vie. Cela signifie juste que sur l’échelle de l’infortuné, la femme est sur quelques barreaux plus bas que l’homme (2). Globalement, la société, l’État voire nos gouvernants ne cherchent pas à éduquer la population aux mécanismes de l’investissement. Il est certain que ce manque de connaissances n’aide pas à se constituer un patrimoine.


Alors que je viens de me lancer dans l’entrepreneuriat à 58 ans avec tout ce que cela suppose de précarité, je découvre le monde des finances personnelles et tout ce qui a trait à l’investissement en particulier. J’apprends ainsi qu’il est possible de se construire un capital dès le plus jeune âge, mais aussi à tout moment de sa vie sans posséder de fortune personnelle. Il suffit pour cela d’un peu de détermination, de méthodes et d’outils pour y parvenir. Je vous propose de vous exposer ici ceux que j’ai eu l’occasion de découvrir.


Lorsqu’un Français est interrogé sur ses finances, sa première préoccupation, avant même l’investissement, sera la défiscalisation. Il se demandera « Comment payer moins d’impôts ? » plutôt que « Comment gagner plus d’argent ? ». Il sait épargner, mais n’a pas appris toutes les subtilités de l’investissement. C’est ainsi que le ménage français épargne là où le ménage américain moyen investit. Normal, jusqu’à présent, le Français comptait sur la retraite pour ses vieux jours, là où l’Américain ne peut compter que sur ses placements.

À la sempiternelle question : « Qu’est-ce que tu fais si tu gagnes au loto ? » Combien d’entre nous avons déjà répondu : « En premier lieu, je blinde mon Livret A ! » ? Moi la première ! Or placer son argent sur le Livret A c’est épargner non investir. Cela me rappelle mes cours d’économie en Terminale où on apprenait que seule l’entreprise investit alors que le ménage épargne : à croire que ce vocabulaire nous enferme dans cette inaction et cette méconnaissance de ce que nous pouvons réaliser pour notre patrimoine au fil du temps et tout le long des étapes de notre vie.



Le livret A et ses acolytes


Les Français déposent plus de 15 milliards d’euros sur ce livret, cette somme s’élevant même jusqu’à 20 milliards en 2020 en plein confinement alors que son taux rémunérateur de 2% (au 1er août 2022) est bien en dessous de celui de l’inflation constatée à ce jour qui avoisine les 7%. Cette différence de 5% n’est pas distribuée et reste dans les caisses de l’État (3). C’est ainsi que certains, tel l’économiste Jean-Pierre Petit au cours du webinaire animé par Yomoni le 22 mars dernier (4), nous expliquent que ce sont les citoyens qui viennent, de ce fait, éponger une partie de la dette faramineuse de notre pays grâce à ces dépôts si peu rémunérés. Eh oui, n’allez pas croire que l’État ne veut que votre bien ! Ce n’est pas son rôle. Ses intérêts ne sont pas forcément alignés aux vôtres et plus particulièrement en ce qui concerne vos finances personnelles !


Eviter l'érosion monétaire c'est délaisser les livrets
Epargner ou investir ?

Crédit : https://pixabay.com


Pour servir au mieux nos intérêts, nous devrions utiliser le Livret A (et tous les autres supports de même type) uniquement pour y déposer notre épargne de précaution (voir paragraphe suivant). Dans ce cas, nous profitons pleinement de ses avantages. La garantie de ne pas perdre ses fonds, leur disponibilité immédiate et la défiscalisation totale des intérêts obtenus viennent contrebalancer la rémunération modeste que nous en tirons. Mais il ne devrait servir qu’à cela au risque de dévaluer cette épargne que nous avons amassée.


Ne nous laissons surtout pas abuser par les gros titres des media qui s’empressent de nous informer de chaque hausse du taux du Livret A comme si cela était une bonne fortune pour nous, petits épargnants. Eh oui, les autres, ceux qui disposent de grosses sommes à investir, ne se tournent pas vers ces supports bien sûr !


« Libérés… des livrets ! » Il s’agit de la première campagne d’affichage de « Mon petit placement » jeune startup bien connue des investisseurs 3.0

La preuve que le domaine des finances personnelles commence à intéresser de plus en plus de personnes s’il s’affiche ainsi dans le métro ! Et c’est tant mieux !


Avant toute chose : se constituer une épargne de précaution


Avant toute décision d’investissement, il sera important de sécuriser son patrimoine en se constituant un matelas que l’on appellera « épargne de précaution ». Il s’agit de la somme nécessaire pour faire face à tous types d’imprévus : déménagement, achat d’une voiture, facture du dentiste… sans avoir besoin de recourir au crédit à la consommation dont les taux sont prohibitifs, donc à déconseiller.


Epargne de précaution

https://www.moneyvox.fr/placement/actualites/75678/epargne- cachez- vous-de-argent-liquide-sous-votre-matelas

Et non, il ne s’agit pas de mettre du cash sous son matelas, il existe heureusement des stratégies bien plus élaborées de nos jours !


Tout d’abord, de quelle somme parle-t-on ? Le montant de cette épargne est souvent évalué entre 3 à 6 mois de nos dépenses habituelles. Pour en faire le calcul, il vous suffit d’additionner toutes les dépenses que vous engagez sur l’année puis de les diviser par 12 pour obtenir un montant mensuel. Ensuite selon votre situation familiale : que vous soyez célibataire, élevant ou non des enfants, exerçant un métier qui offre plus ou moins de débouchés, salarié ou indépendant, habitant la région parisienne ou la province, vous opterez pour une somme qui oscillera entre 3 à 6 mois de vos dépenses habituelles. Pour ma part, étant facilement stressée, j'ai constitué un matelas s'élevant à plus de 6 mois de dépenses, pour avoir l’esprit tranquille. En cette période de crise mondiale, où la Bourse, le cours des monnaies et même les cryptos a complètement dévissé, j’étais bien contente d’avoir fait ce choix !


En effet, constituer cette épargne est très important pour la suite des opérations. Outre le fait de vous protéger de coups durs, ce matelas vous permettra d’être plus assuré, moins tenté de vendre vos avoirs à chaque fois qu’ils subiront une baisse de leurs cours. Investir nécessite d’avoir un mental solide pour ne pas tomber dans les biais cognitifs qui viennent polluer nos prises de décision (psychologie et finances : un thème intéressant que je traiterai prochainement).


Livret A : uniquement pour son épargne de précaution

https://www.capital.fr/votre-argent/livret-a-plafond-taux-interets-les-infos-a-connaitre-1236679


Lorsque vous aurez déterminé ce montant qui vous est propre, vous prendrez alors soin de le déposer sur un support tel que le Livret A qui vous permettra d’en disposer à tout moment à votre guise. Le fait de mettre à l’abri cette somme, tout en la gardant sous la main en cas de besoin, vous autorisera à bloquer ailleurs, dans des actifs plus risqués, mais aussi plus rémunérateurs, vos épargnes suivantes.


Bien évidemment, sauf si vous héritez d’un oncle d’Amérique, gagnez au loto ou avez déjà placé toute votre épargne sur un Livret A, vous ne disposez pas forcément dès maintenant de ce montant que vous aurez décidé de consacrer à cette épargne. Vous mettrez un certain temps à la constituer. Qu’à cela ne tienne, prenez le temps qu’il vous faudra ! Cela ne vous empêchera pas de commencer parallèlement, à explorer les différentes possibilités d’investissement qui s’offre à vous selon votre profil, tout en gardant à l’esprit de continuer à bâtir votre matelas.



Alternatives au Livret A pour placer cette épargne ?


Tous supports ayant les mêmes caractéristiques que le Livret A (aucun risque de perte de capital, intérêts fortement défiscalisés et montants immédiatement disponibles) peuvent être utilisés pour placer cette épargne, à savoir :

- le Livret Jeune : à destination des jeunes de 12 à 25 ans, dont le plafond s’élève à 1 600€, pour un taux rémunérateur au minimum égal à celui du Livret A et souvent supérieur de 0,75%

- le Livret de développement durable et solidaire (LDDS) : à destination de tout majeur (un maximum de 2 LDDS par foyer), dont le plafond s’élève à 12 000€, pour un taux rémunérateur aligné sur celui du Livret A

- le Livret épargne populaire, à destination de personnes à revenus modestes (soumis à un plafond de revenus) un maximum de 2 LEP par foyer, dont le plafond s’élève à 7 700€, pour un taux rémunérateur actuel de 4,6%,

- mais aussi tous les comptes bancaires courants


À ceux-ci, on y ajoute les fonds en euros des assurances-vie souscrites depuis plus de 8 ans au risque de devoir payer des taxes si on retire des sommes de ces fonds avant 8 ans. En effet, pour bénéficier de la défiscalisation de l’assurance-vie on doit laisser son épargne sans y toucher pendant toute cette période. Je reviendrai, dans un prochain article, sur ce qu’est l’assurance-vie dans le détail et pourquoi tout un chacun devrait en posséder au minimum une et idéalement autant que de projets. Pour ce qui est du taux rémunérateur, il faut noter qu’il évolue chaque année selon les performances obtenues par le gestionnaire du fonds. À ce stade, il est donc intéressant d’effectuer un comparatif sur les performances passées de chaque mandataire avant de choisir son assurance-vie.


Crédit : https://pixabay.com


Enfin, certains mentionnent les cryptos monnaies comme supports possibles pour y investir son épargne de précaution. Je l’ai d’ailleurs même vu évoquer pour une trésorerie d’entreprise. J’avoue ne pas adhérer à cette option même si, par ailleurs, j’ai déjà moi-même investi dans des cryptos (classiques, stables-coins, en lending et staking…), mais en aucun cas je n’y mettrai mon épargne de précaution. Mais ceci est une autre histoire…


( 1) https://www.finance-gestion.com/vox-fi/lemancipation-bancaire-des-femmes-en-france-laffaire-dun-siecle/

( 2) « Non seulement ces inégalités de patrimoine ne se résorbent pas, mais en plus elles augmentent ! Selon une étude de 2019, elles s’élevaient à 9 % en 1998, tandis qu’elles atteignent 16 % à présent » https://lejournal.cnrs.fr/articles/inegalites-de-patrimoine-les-femmes-toujours-a-la-peine

( 3) https://www.lefigaro.fr/conjoncture/la-collecte-du-livret-a-positive-d-un-milliard-d-euros-en-juin-20220721

( 4) https://blog.yomoni.fr/investir-en-periode-de-guerre-et-dinflation-retour-sur-le-webinaire-yomoni-du-22-03/


ATTENTION : je ne suis pas une professionnelle de l’investissement et je ne prétends pas l’être. Je souhaite simplement partager avec vous ce que j’aurai aimé savoir pour débuter plus tôt, ce ne sont pas des conseils financiers.

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